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Les KPI ne sont pas là pour surveiller les gens

May 30, 2026 by
Meylemans Jeremy



Introduction : l'erreur que j'ai faite en déléguant

Pendant longtemps, j'ai cru que faire confiance à mes équipes suffisait. Lorsque l'entreprise a commencé à grandir, j'ai progressivement quitté certains postes opérationnels pour laisser davantage de place aux responsables, aux managers et aux directeurs. Mon objectif était simple : construire une entreprise capable de fonctionner sans moi.

Pourtant, à plusieurs reprises, je me suis retrouvé à devoir revenir remettre la structure dans la bonne direction.

Ce qui est intéressant, c'est que les équipes n'étaient pas mauvaises. Elles étaient compétentes, impliquées et travaillaient dur. Le problème n'était pas humain. Le problème était beaucoup plus simple : nous n'avions pas défini clairement ce qui représentait une bonne décision pour l'entreprise.

Les responsables prenaient alors des décisions parfaitement cohérentes d'un point de vue opérationnel, mais parfois mauvaises d'un point de vue économique.

C'est à ce moment-là que j'ai compris quelque chose de fondamental : la confiance seule ne suffit pas. Pour déléguer efficacement, il faut également fournir une boussole.

Cette boussole, ce sont les KPI.

Contrairement à ce que beaucoup imaginent, les KPI ne sont pas là pour surveiller les collaborateurs. Ils ne sont pas là pour sanctionner ou contrôler. Leur rôle est beaucoup plus noble : rendre visible ce que nous ne voyons pas naturellement.

Pourquoi les KPI sont indispensables lorsqu’une entreprise grandit

Lorsqu’une entreprise est encore petite, le dirigeant a souvent l’impression de tout voir. Il connaît les clients, les commandes, les coûts, les équipes, les urgences et les problèmes du quotidien. Son intuition reste généralement suffisante pour prendre de bonnes décisions, car il est encore proche de chaque réalité de terrain.

Mais lorsque l’entreprise grandit, cette intuition atteint progressivement ses limites. À mesure que les équipes se développent, chaque responsable commence naturellement à prendre des décisions selon sa propre logique métier. Le responsable logistique cherche à simplifier les tournées, le chef de cuisine veut sécuriser les stocks, le commercial souhaite conclure davantage de contrats. Pris séparément, chacun agit de manière cohérente.

Le problème apparaît lorsque personne ne mesure l’impact global de ces décisions sur la rentabilité de l’entreprise. Une décision peut être confortable pour l’opérationnel, rassurante pour la production ou intéressante pour le commercial, tout en étant mauvaise pour l’équilibre économique de la structure.

C’est là que les KPI deviennent indispensables. Sans indicateurs communs, chacun avance avec sa propre définition de ce qui est “bien”. Avec des KPI clairs, tout le monde comprend la direction, les limites à respecter et les conséquences réelles des décisions prises sur le terrain.

Le premier KPI : le taux de marge

Dans notre activité de traiteur, le taux de marge est l’un des premiers indicateurs que je surveille, parce qu’il permet de comprendre si ce que nous vendons est réellement cohérent avec ce que cela nous coûte en marchandises. Trop de dirigeants regardent uniquement leur chiffre d’affaires en se disant que si les ventes augmentent, l’entreprise va forcément mieux. Mon expérience m’a appris l’inverse : une entreprise peut vendre davantage tout en dégradant sa rentabilité si elle ne maîtrise pas le coût de ses matières premières.

Chez Traiteur Géraldine, je calcule ce taux de manière simple : je prends le chiffre d’affaires et je le divise par les achats de marchandises. La formule est donc la suivante : 

Taux de marge = chiffre d’affaires ÷ achats de marchandises. 

Si je vends un produit 3,50 € et que la marchandise nécessaire à sa production me coûte 1,00 €, mon taux de marge est de 3,5. Cela signifie que chaque euro investi en marchandise génère 3,50 € de chiffre d’affaires. Dans notre modèle, c’est le niveau que je vise.

Lorsque ce taux descend vers 3,2, je considère que c’est un signal d’alerte. Mais c’est important de le préciser : un KPI n’est pas une condamnation. Ce n’est pas parce que le taux baisse que quelqu’un a forcément mal travaillé. Le KPI ne donne pas directement la réponse, il pose une question. Mon rôle de dirigeant est alors de comprendre ce que ce chiffre essaie de me dire.

La première chose que je vérifie, c’est le stock. Il peut arriver que les équipes aient acheté davantage de marchandises pour préparer les journées ou les événements à venir. Dans ce cas, le taux peut temporairement se dégrader, non pas parce que la marge réelle est mauvaise, mais parce que les achats ont été anticipés. Je vais donc voir avec le chef de cuisine si le stock a augmenté et si cette augmentation correspond à une activité prévue. Si c’est le cas, le chiffre doit être interprété avec prudence.

Si le stock n’explique pas la baisse, je regarde ensuite le gaspillage. Une mauvaise gestion des quantités, des erreurs de production, des pertes en cuisine ou une mauvaise anticipation peuvent rapidement détériorer le taux de marge. Dans ce cas, il ne s’agit pas de chercher un coupable, mais de mettre en place des actions correctrices : mieux calibrer les fiches techniques, ajuster les quantités produites, renforcer les contrôles ou retravailler certaines méthodes de production.

Si le problème ne vient ni du stock ni du gaspillage, je regarde alors les prix d’achat. Dans notre métier, les prix des marchandises peuvent évoluer rapidement. Une hausse fournisseur peut suffire à faire baisser la rentabilité d’un produit sans que personne ne s’en rende compte immédiatement. Dans ce cas, je dois soit renégocier avec le fournisseur, soit chercher une alternative produit, soit adapter notre prix de vente si la hausse devient durable.

Enfin, si les achats sont cohérents et que les prix fournisseurs n’ont pas bougé, je regarde du côté commercial. Il peut arriver qu’un événement ait été vendu trop bas ou que certains coûts aient été mal estimés au moment du devis. C’est souvent là que le KPI devient très utile, parce qu’il permet de relier la décision commerciale à son impact réel sur la rentabilité. Un bon chiffre d’affaires ne suffit pas si la marge n’est pas au rendez-vous.

C’est pour cela que je considère le taux de marge comme un indicateur de lucidité. Il oblige l’entreprise à regarder au-delà du volume vendu. Il permet de comprendre si nous vendons au bon prix, si nous achetons correctement, si nous produisons avec rigueur et si nos décisions commerciales respectent la réalité économique du terrain.

Le taux de marge n’est donc pas un outil de surveillance. C’est un outil de compréhension. Il permet de poser les bonnes questions avant que les problèmes ne deviennent trop grands.

Le deuxième KPI : le taux RH

S'il y a un indicateur que je regarde en premier lorsque j'ouvre mon tableau de bord, c'est le taux RH. Beaucoup de dirigeants sont surpris lorsque je leur dis cela. Ils s'attendent à ce que je commence par regarder le chiffre d'affaires ou la trésorerie. 

Pourtant, après plus de dix années à diriger une entreprise de services, j'ai compris une chose essentielle : dans une société où l'humain produit la valeur, le coût des ressources humaines est souvent l'élément qui influence le plus directement la rentabilité.

Le taux RH me permet de mesurer quelle part de mon chiffre d'affaires est absorbée par les coûts salariaux. Je le calcule de manière très simple en prenant l'ensemble des coûts salariaux de l'entreprise et en les divisant par le chiffre d'affaires, puis en multipliant le résultat par cent pour obtenir un pourcentage.

Taux RH = (Coûts salariaux / Chiffre d′affaires) × 100 %

Prenons un exemple concret. Si l'entreprise réalise 100.000 € de chiffre d'affaires et que les coûts salariaux représentent 28.000 €, le taux RH sera de :

(28000 / 100000)  ×100 = 28%

Chez Traiteur Géraldine, je considère qu'un taux de 28 % est cohérent avec notre modèle économique. Lorsque nous approchons ou dépassons les 31 %, je considère que quelque chose mérite une analyse approfondie. Encore une fois, cela ne signifie pas que les équipes travaillent mal. Cela signifie simplement qu'un déséquilibre est en train d'apparaître quelque part dans l'organisation.

L'erreur que commettent beaucoup de dirigeants est de penser qu'un taux RH élevé est automatiquement un problème de personnel. Avec l'expérience, j'ai appris que la réalité est bien plus complexe. Lorsqu'un taux RH augmente, la première chose que je fais n'est pas d'aller voir les équipes. Je cherche à comprendre ce que le chiffre tente de me raconter.

La première hypothèse peut être une augmentation des salaires liée à l'inflation ou aux indexations. Dans ce cas, les collaborateurs n'ont rien changé à leur façon de travailler. Pourtant, le coût salarial augmente mécaniquement. Si les prix de vente ne suivent pas la même évolution, la rentabilité se dégrade progressivement sans que personne ne s'en aperçoive réellement.

Une autre explication peut être une baisse de productivité. Dans une activité comme la nôtre, quelques minutes perdues sur chaque production peuvent représenter des dizaines d'heures sur un mois complet. Ce phénomène est particulièrement dangereux parce qu'il est souvent invisible au quotidien. Chaque collaborateur a l'impression de travailler normalement, mais le cumul de petites inefficacités finit par peser lourdement sur le résultat final.

Je regarde également l'absentéisme et les maladies. Une période compliquée peut obliger l'entreprise à maintenir certaines charges tout en perdant temporairement une partie de sa capacité de production. Là encore, le KPI permet de détecter rapidement l'impact financier avant qu'il ne devienne un problème plus important.

Mais l'une des causes les plus intéressantes est souvent commerciale. Il arrive qu'un événement soit vendu avec un nombre d'heures mal estimé. Sur le terrain, les équipes réalisent parfaitement leur travail. Pourtant, si le devis a été calculé sur dix heures alors que quinze heures étaient réellement nécessaires, le taux RH va immédiatement se dégrader. Dans ce cas, le problème ne vient ni de la cuisine, ni de la logistique, ni du service. Il vient simplement d'une erreur d'évaluation au moment de la vente.

C'est précisément pour cette raison que je considère le taux RH comme un indicateur de pilotage et non comme un outil de contrôle. Il permet de comprendre si la valeur produite par l'entreprise reste cohérente avec les ressources humaines nécessaires pour la produire. Il permet également d'identifier rapidement les dérives avant qu'elles ne se transforment en problèmes structurels.

Ce que j'apprécie particulièrement avec cet indicateur, c'est qu'il relie l'ensemble des départements de l'entreprise. Le commercial influence le taux RH lorsqu'il établit ses devis. Les opérations l'influencent à travers leur productivité. Les ressources humaines l'influencent à travers la gestion des équipes. La direction l'influence à travers ses choix d'organisation. Tout le monde participe au résultat final.

C'est pourquoi je regarde toujours ce chiffre en premier. Non pas parce qu'il surveille les collaborateurs, mais parce qu'il me donne une vision immédiate de l'équilibre entre l'activité réalisée et les ressources mobilisées pour la produire. Lorsqu'il est maîtrisé, il constitue souvent l'un des meilleurs indicateurs de la santé globale de l'entreprise.

Le troisième KPI : le bénéfice d’exploitation

Si je ne devais conserver qu’un seul indicateur pour piloter mon entreprise, ce serait sans hésitation le bénéfice d’exploitation.

Cette affirmation surprend souvent les dirigeants. Beaucoup pensent immédiatement au chiffre d’affaires, à la trésorerie ou même au bénéfice comptable. Pourtant, avec les années, j’ai compris que ces indicateurs pouvaient parfois donner une image trompeuse de la réalité. Le bénéfice d’exploitation est celui qui me permet de répondre à la seule question qui compte réellement lorsque l’on dirige une entreprise :

L’activité est-elle rentable par elle-même ?

Pour comprendre son importance, il faut d’abord distinguer le bénéfice d’exploitation du bénéfice comptable.

Le bénéfice comptable représente le résultat final de l’entreprise après l’ensemble des décisions prises par la direction. On y retrouve les investissements, les amortissements, les charges financières, certains éléments exceptionnels ou encore les conséquences de choix stratégiques qui ne reflètent pas nécessairement la performance du terrain.

Le bénéfice d’exploitation, lui, s’intéresse uniquement à l’activité quotidienne de l’entreprise. Il mesure si ce que produisent les équipes, ce que vendent les commerciaux et ce que réalisent les opérations génère réellement de la valeur.

De manière simplifiée, il peut être représenté comme :

Bénéfice d′exploitation = Chiffre d′affaires−Charges opérationnelles 

Les charges opérationnelles regroupent notamment les marchandises, les salaires, les frais liés à l'exploitation quotidienne ainsi que les coûts nécessaires à la production des prestations.

Prenons un exemple concret.

Une entreprise réalise un chiffre d’affaires de 1.000.000 €.

Ses achats de marchandises représentent 300.000 €.

Ses coûts salariaux représentent 280.000 €.

Ses autres frais opérationnels représentent 320.000 €.

Son bénéfice d’exploitation est alors de 100.000€

L’activité génère donc 100.000 € de valeur avant les décisions d’investissement et les éléments comptables plus complexes.

C’est ce chiffre qui m’intéresse.

Pourquoi ?

Parce qu’il me permet de savoir si le terrain fonctionne correctement.

Durant mes années de direction, j’ai vu des entreprises afficher un bénéfice comptable positif tout en ayant une activité déficitaire. Cela peut sembler paradoxal, mais c’est pourtant une réalité fréquente.

Un dirigeant peut injecter de l’argent personnel dans l’entreprise. Il peut obtenir un financement bancaire. Il peut reporter certains investissements. Il peut vendre un actif. Il peut trouver différentes solutions pour maintenir artificiellement une situation qui semble saine.

Mais aucune de ces actions ne résout le problème fondamental si l’activité elle-même ne gagne pas d’argent.

À l’inverse, une entreprise peut temporairement afficher un bénéfice comptable faible alors que son activité est extrêmement performante. Il suffit qu’elle réalise d’importants investissements pour préparer son développement futur.

C’est précisément pour cette raison que je regarde toujours le bénéfice d’exploitation avant toute autre réflexion stratégique.

Lorsque ce résultat est positif, je sais que les fondamentaux sont solides. Je sais que les équipes créent de la valeur. Je sais que les opérations sont maîtrisées. Je sais que les décisions commerciales sont globalement cohérentes.

Lorsque ce résultat se dégrade, je sais immédiatement qu’il faut investiguer.

La question n’est alors plus de savoir si le compte bancaire est encore confortable ou si le chiffre d’affaires continue de progresser. La véritable question devient :

Pourquoi l’activité ne génère-t-elle plus suffisamment de valeur ?

C’est ici que les deux KPI précédents prennent tout leur sens.

Un bénéfice d’exploitation qui baisse peut provenir d’une dégradation du taux de marge. Les matières premières coûtent plus cher, les prix de vente sont insuffisants ou le gaspillage augmente.

Il peut également provenir d’une hausse du taux RH. Les salaires augmentent plus vite que la valeur produite, la productivité diminue ou certaines prestations sont vendues à des niveaux insuffisants.

Le bénéfice d’exploitation est finalement le résultat de tous les choix réalisés dans l’entreprise. C’est pour cette raison qu’il constitue, selon moi, le KPI le plus important.

Il est également celui qui permet de prendre les décisions les plus sereinement. Personnellement, je refuse de réaliser des investissements importants tant que le bénéfice d’exploitation n’est pas satisfaisant. Je considère que le terrain doit d’abord démontrer sa capacité à générer durablement du résultat avant que la direction n'engage de nouveaux projets.

Cette approche m’a évité de nombreuses erreurs. Elle m’a également appris une leçon fondamentale : une entreprise peut survivre longtemps grâce à des financements, des emprunts ou des injections de capitaux. Mais une entreprise ne devient réellement solide que lorsque son activité est capable de financer elle-même son développement.

C’est exactement ce que mesure le bénéfice d’exploitation.

Et c’est pour cette raison que si demain je devais choisir un seul KPI pour piloter mon entreprise, ce serait celui-ci. Non pas parce qu’il est le plus simple à suivre, mais parce qu’il est celui qui raconte la vérité la plus complète sur la santé réelle de l’activité.

La question que tout dirigeant devrait connaître

Au fil des années, j'ai remarqué quelque chose de frappant lorsque j'échange avec des entrepreneurs. La plupart connaissent leur chiffre d'affaires presque instantanément. Ils savent combien ils ont facturé le mois précédent, combien de devis sont en cours ou encore combien il leur manque pour atteindre leur objectif commercial.

Pourtant, lorsque je leur pose une question beaucoup plus importante, le silence s'installe souvent.

Quel est votre seuil de rentabilité ?

Autrement dit : combien devez-vous vendre pour commencer à gagner de l'argent ?

Cette question paraît simple, mais elle est au cœur du rôle du dirigeant. Car une entreprise ne devient pas rentable parce qu'elle vend davantage. Elle devient rentable lorsqu'elle vend suffisamment pour couvrir l'ensemble de ses charges tout en conservant une marge capable de générer un bénéfice.

Prenons un exemple volontairement simplifié.

Imaginons une entreprise qui supporte chaque mois :

  • 20.000 € de coûts salariaux
  • 3.000 € de loyer
  • 2.000 € de véhicules
  • 1.000 € d'assurances
  • 4.000 € de frais divers

Ses charges fixes représentent donc 30.000€

Imaginons maintenant que cette entreprise conserve en moyenne 30 % de marge sur ses ventes après avoir payé ses marchandises.

Pour couvrir ses 30.000 € de charges fixes, elle devra générer :

30000€/ 0.30 = 100.000€

Son seuil de rentabilité est donc de 100.000 € de chiffre d'affaires.

En dessous de ce montant, l'entreprise perd de l'argent.

Au-dessus, elle commence à en gagner.

Cette notion paraît évidente lorsqu'elle est expliquée de cette manière. Pourtant, de nombreux dirigeants pilotent leur entreprise pendant des années sans connaître précisément ce chiffre. Ils regardent leur compte bancaire, observent l'évolution du chiffre d'affaires ou analysent leurs commandes sans réellement savoir à partir de quel niveau leur activité devient rentable.

C'est précisément pour cette raison que les KPI sont indispensables. Ils permettent de transformer des impressions en réalités mesurables. Ils remplacent les intuitions par des données concrètes. Ils permettent surtout de prendre des décisions en comprenant leurs conséquences économiques.

J'ai longtemps cru que l'expérience et l'intuition suffisaient pour piloter une entreprise. Avec le recul, je pense aujourd'hui qu'elles sont essentielles, mais qu'elles deviennent réellement puissantes lorsqu'elles s'appuient sur des indicateurs fiables.

Car au final, le rôle d'un dirigeant n'est pas seulement de vendre davantage. Son rôle est de comprendre ce qu'il doit vendre, à quel prix, avec quels coûts et avec quelle organisation pour construire une entreprise durable.

Et tout commence par une question que chaque dirigeant devrait être capable de répondre sans hésiter :

Quel est mon seuil de rentabilité ?

Les KPI ne remplacent pas l’humain

L’une des plus grandes erreurs que l’on peut faire avec les KPI est de les utiliser comme un outil de contrôle ou de sanction. Un indicateur ne doit jamais devenir une arme contre les équipes. S’il est utilisé uniquement pour pointer une erreur, désigner un responsable ou mettre de la pression, il perd immédiatement sa valeur. Les collaborateurs finissent par le craindre, le contourner ou ne plus lui faire confiance.

Dans ma vision, un KPI doit rester un point de départ. Il attire l’attention sur une situation, mais il ne raconte jamais toute l’histoire à lui seul. Un taux de satisfaction client qui baisse ne signifie pas automatiquement que le service est mauvais. Il peut s’agir d’un client qui a mal compris le formulaire, d’un incident isolé, d’une attente mal clarifiée ou, effectivement, d’un vrai problème opérationnel. Le chiffre signale qu’il faut regarder. Il ne donne pas encore la conclusion.

C’est pour cette raison que je préfère utiliser les KPI comme des outils de dialogue. Lorsqu’un indicateur se dégrade, la bonne question n’est pas : “Qui a mal fait son travail ?” La bonne question est : “Qu’est-ce qui explique cette évolution ?” Cette différence change tout. Elle permet de passer d’une logique de jugement à une logique de compréhension.

Les KPI ne remplacent donc jamais l’expérience, l’écoute, la discussion ou l’analyse terrain. Ils permettent simplement de poser les bonnes questions plus tôt. Et dans une entreprise qui grandit, poser les bonnes questions au bon moment peut éviter beaucoup de dérives.

Conclusion : la confiance permet de déléguer, les KPI permettent de déléguer dans la bonne direction

Avec le recul, je considère que les KPI ont joué un rôle essentiel dans ma manière de diriger. Ils m’ont permis de prendre du recul sans perdre totalement la visibilité sur l’entreprise. Ils m’ont aussi permis de mieux déléguer, non pas en abandonnant les équipes à elles-mêmes, mais en leur donnant une direction claire.

Faire confiance à ses équipes est indispensable. Mais la confiance seule peut devenir dangereuse si chacun interprète différemment ce qu’est une bonne décision. Un responsable peut vouloir sécuriser son service, un commercial peut vouloir signer plus vite, un opérationnel peut choisir la solution la plus confortable. Chacun peut agir avec de bonnes intentions, tout en éloignant progressivement l’entreprise de sa réalité économique.

Les KPI permettent d’aligner tout le monde sur les mêmes repères. Ils donnent aux équipes la possibilité de comprendre l’impact réel de leurs décisions. Ils permettent aussi au dirigeant de ne plus être le seul à porter la vision économique de l’entreprise.

C’est pour cela que je ne vois pas les KPI comme des outils de surveillance. Je les vois comme des outils de transmission. Ils permettent aux équipes de prendre, en mon absence, des décisions qui vont dans le même sens que celles que j’aurais prises moi-même.

La confiance permet de déléguer. Les KPI permettent de déléguer dans la bonne direction.

www.jmconseils.be

Le chiffre d’affaires flatte parfois l’ego. La marge, elle, dit la vérité.